Dimanche 25 novembre 2007
95 rue de l'aqueduc 1050 Bruxelles - tél : 02 537 87 87
Jamais je n'avais pris autant de notes pour une critique gastronomique. Il faut dire que chez Tan, on ne vient pas ici que pour manger, mais pour manger différemment. On y apprend par exemple qu'il existe des menus végétariens (14,50 euros) et des menus carnés (17,50 euros), composés d'entrées végé (de 11 à 16 euros) ou carnées (de 15 à 25 euros - pour le foie gras) et de plats végé (16-17 euros) ou carnés (23 à 28 euros). Bien entendu, la viande est cuite à basse température, ce qui lui confère des propriétés gustatives et nutritives incomparables. Les mets végé s'appellent "sattviques" et les carnés sont "radjastiques", selons les préceptes de l'ayurvéda. Là, déjà, basta pour la théorie et place au goût ! On n'est pas déçu, car on va de surprise en surprise. C'est tout simplement incroyable, ce qu'on peut faire avec de simples légumes. On a déjà vécu ça à la Saga, autre haut lieu de la cuisine végé créative. Mais Tan est plus...branché, plus Place du Châtelain (à 10 m de là), si vous voyez ce que je veux dire. Tan est un restau zen, calme, tout en bois et en feng shui avec de grands tableaux aux murs. Ambiance bobo, certes, mais un îlot de plénitude dans notre capitale pleine de mouvement et de superficialité.
Prêt pour la seconde leçon du jour ? Grâce à ma convive, Catherine Piette, spécialiste de l'alimentation-santé, j'apprends que "plus on mange proche du cru, plus on profite des vibrations de l'aliment". En d'autres termes, le cuit fatigue plus lors de la digestion. Pourquoi ? Parce que les défenses immunitaires réagissent très fortement au cuit, et mobilisent donc l'énergie du corps, qui ne se concentrera pas sur la digestion. D'où l'intérêt d'entamer un repas avec un aliment cru, qui facilitera grandement la digestion et ouvrira le corps à l'assimilation de ce qu'on va absorber. Et chez Tan, on s'aperçoit vite que manger sain peut être bon, voire délicieux. Les épices sont soigneusement choisies, les associations de condiments sont idéales. Certes, pas de pain (à part une succulente galette essénienne croquante), pas de mélange céréales-viande, et pas de dessert ni de café. On peut tout de même y boire de la bière ou de l'excellent vin maison (2,50 euros le verre, beaucoup plus chers pour les autres vins de la carte). Pour terminer, on se débrouillera avec les délicieuses pralines artisanales bio de chez Doutrelepont à Nimy (9,90 euros les 8) et l'infusion du jour (1,50 euros). Les recettes sont de Pol Grégoire, le pape de l'alimentation vivante, qui s'est associé avec Jo Vanderstichelen pour lancer Tan, et qui a depuis continué sa brillante carrière sous d'autres cieux. Mais Jo est toujours là, supervisant un service impeccable, très professionnel et aux petits soins.
Tant qu'on y est, et qu'on ne soit pas venu pour rien, allons-y pour une troisième leçon sur l'alimentaiton vivante. Il y a quatre sortes d'aliments, dans la classification du Dr Edmond Bordeaux-Székély. Les biogéniques régénèrent le corps : graines germées, jeunes pousses, produits lacto-fermentés (bière, choucroute et vin, youpie !), algues, herbes aromatiques et fleurs comestibles. Les bioactifs maintiennent la force vitale : légumes et fruits crus et bios. Les biostatiques ralentissent le processus vital : aliments cuits ou légumes crus mais pas frais. Enfin, les biocidiques détruisent le corps : nourriture industrielle pleine de conservateurs, sucres raffinés, produits laitiers pasteurisés, pain blanc, sucreries, café, graisses raffinées et aliments qui contiennent de l'alcool. Quand on sait que Tan a son propre potager à Ittre, on mesure à quel point ce restaurant-magasin (au rez de chaussée) est sérieux. Une expérience hors du commun, qu'on peut vivre sans se prendre la tête avec la théorie : c'est tout simplement bon et créatif et ça donne peut-être même envie de commencer à manger autrement. Attention : ne prend pas les tickets resto et pour se garer, patience, patience, un des nombreux 4x4 du coin va peut-être bientôt libérer deux places...