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  • : Voici un blog consacré à la gastronomie et à l'alimentation, écrit par un journaliste professionnel en reconversion. Pour ses écrits dans la presse économique spécialisée, il a obtenu en 2007 le Prix Louise Weiss du journalisme européen.
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Dimanche 6 mai 2007

Marie Kirkpatrick, prof de yoga www.marie-ki.be

Marie pratique le yoga depuis trois décennies et enseigne à son centre de la rue St Henri, à Bruxelles. On peut la rencontrer facilement sur les marchés bio ou dans son magasin bio préféré, Biologic (voir rubrique magasins). Après un stage de yoga-taïchi-souffle dans une ferme perdue de Wallonie, nous avons décidé d'en savoir plus sur son alimentation, qui doit forcément être aussi saine qu'elle...

En quoi la pratique du yoga influence-t-elle ton alimentation ?

On ne peut pas s'intéresser au bien-être et à la santé sans s'intéresser à l'alimentation. La pratique du yoga mène à une plus grande écoute du corps : l'attention portée aux sensations nous guide vers ce qui est bon pour soi. Evidemment, il faut chercher par soi-même aussi, et faire des expériences telles que le jeûne, l'alimentation dissociée, petit-déjeuner ou pas, viande ou végétarisme, régime des groupes sanguins, cru ou cuit. En fait, il faut se rendre compte si ce qu'on fait par habitude ou par choix de société, de famille ou de mode, nous convient vraiment.

Tu manges quoi, au petit déjeuner ?

Je fais des variations sur une crème Budwig (2 cuillérées de graines de sarrasin trempées une nuit, des amandes émondées ou des noix ou des noisettes trempées une nuit, des figues, abricots ou raisins secs trempés une nuit, 1 cuiller à café d'huile de tournesol 1ère pression à froid ou de lin, 1 pomme, 1 banane et 2 à 4 cuillers à café de fromage blanc au lait cru fait maison). Parfois, j'y mets des flocons d'avoine trempés dans le petit lait de mon fromage blanc - rien ne se perd ! Je connaissais cette recette depuis 20 ans, la Dr Kousmine l'a remise au goût du jour. Tout est super digeste car tout est cru. Je la fais aussi pour les enfants, mais mixée. ça me prend une demi-heure le matin, pour 4 personnes - c'est l'émondage des amandes qui est le plus long. Comme boisson, j'ai essayé plein de tisanes, mais je me tiens à la tisane de fenouil, plus à mon goût. En hiver, la crème Budwig étant plus difficile à assimiler, je me fais des tartines de bon pain avec du tahin (pâte de sésame, NDR) ou de la crème d'amandes ou de noisettes. Mais je sens que c'est déjà sucré, et le sucre appelle le sucre et donne faim.

Tu ne bois pas de lait ?

J'ai bu du café au lait, fut un temps. Après la naissance de ma fille, je me suis aperçu que je ne supportais plus le café, car j'avais des malaises. Le café déca bio, ça va. Mais grâce à la cure anti-fatigue de Taty, j'ai découvert que je pouvais m'en passer. Je bois du thé à 10 h, au lait cru (un reste de mes racines écossaises, sans doute). C'est le seul endroit où j'en bois. Le lait, j'adore depuis toujours. Tous les diététiciens disent que c'est mauvais. Je m'étais donc mis à boire du lait de soja ou de riz, mais Taty m'a convaincue que ce sont des produits artificiels et plein d'additifs, car il n'existent pas à l'état naturel. Le lait cru, c'est clair que c'est bon pour la santé.

Pourquoi le lait cru serait-il bon pour la santé ?

En règle générale, tout ce qui est bon pour la santé, c'est ce qu'on ne peut pas vendre dans les grandes chaînes, qui ne vendent que des produits morts, qui peuvent rester longtemps dans les placards. En d'autres termes, qui ne se transforment pas, et par conséquent, dans le corps non plus. Tous les produits vivants sont périssables et se transforment dans le corps. Le lait cru, le beurre au lait cru, les fromages au lait cru ou les graines germées, en sont des exemples.

Qu'est-ce que tu leur trouves, aux graines germées ?

Le fait de faire revivre quelque chose me semble très ...satisfaisant. On a des graines sèches, comme en hibernation, on y ajoute de l'eau, elles germent, gonflent en un ou deux jours. On sent la force du vivant, là-dedans ! Les graines de tournesol, c'est génial. J'en emmène toujours avec moi. Trempées dans de l'eau, elles germent en 4 à 6h, quoique 24, c'est mieux. C'est tellement complet comme aliment qu'on ne pourrait se nourrir que de ça. Et c'est tellement facile : pas besoin de germoir, juste un verre peut faire l'affaire. Et là, ça ne coûte vraiment pas cher.

Et la viande, tu aimes ?

Je ne suis pas très viande. Je croyais pouvoir m'en passer complètement, en devenant végétarienne et lorsque j'ai été enceinte la 1ère fois, comme d'autres ont envie de fraise, moi, j'ai eu envie de viande ! De l'agneau, surtout. C'est resté. J'aime aussi la volaille, cuite au four ou à la cocotte Romertoft. Mais je ne mange pas de steak de boeuf.

Comment cuis-tu  ta nourriture ?

A la vapeur. J'ai une marguerite, qui s'adapte à n'importe quelle casserole. On met de l'eau au fond, et quand elle bout, elle cuit les aliments à l'étouffée, rapidement. L'avantage, c'est que les aliments ne sont pas dans l'eau qui a bouilli, c'est-à-dire qu'ils cuisent à moins de 100°C. On dit qu'ils perdent leurs vitamines et autres micro-nutriments au-dessus de 60°C. C'est valable pour les soupes  : je cuis les légumes à la vapeur puis je les mixe avec le bouillon de cuisson.

Où te fournis-tu ?

J'achète mon panier bio de légumes toutes les semaines chez BioLogic. Si je n'ai pas assez avec ça, je complète chez Shianti ou au marché de la place St Lambert, chez Coprosain. C'est là que j'achète mes laitages. Mais c'est évidemment mieux dans une ferme près de Seneffe, où la fermière fait son beurre à la barratte depuis 50 ans. Même dans les campagnes, ça devient rare, car les paysans envoient tout leur lait à la laiterie et c'est beaucoup de travail, de faire son beurre soi-même. Les services de l'hygiène les persécutent comme des malpropres, avec des exigences sans cesse plus élevées. C'est pour ça que je trouve qu'il faut aller à contre-courant, sinon, on ne mangera plus que des fromages en plastique. La  crémerie du quartier des Tongres (7, rue Batonnier Braffort, à côté du Pain Quotidien) reçoit une mozzarella tous les jeudis, vraiment excellente.

Tu vas au restaurant ?

J'aime pas trop les restos bio parce qu'ils ont un côté un peu guindé, élitiste, comme chez Tan. Quand je vais faire la fête, je vais au Grain de Sel (9, chaussée de Vleurgat, près de Flagey - nous irons vérifier NDR). Le proprio est extraordinaire. C'est un passionné. On y mange un menu 3 services pour moins de 25 euros. Il fait des trucs qu'on ne se fait pas chez soi. La carte change tous les 15 jours. Sinon, j'aime la cuisine indienne ou italienne - j'adore leur façon de préparer les légumes - mais on ne mange pas dans leurs restos ici comme sur place. D'une manière générale, quand je mange ailleurs qu'à la maison, je mange tout. Mais le poulet à 5 euros, ça ne tient pas la comparaison avec le poulet de ferme, à 5 euros le kilo !

Et pour les enfants, comment fais-tu ?

Je fais super attention. C'est une guerre continue contre les bonbons, biscuits ou collations de 10h et goûters de 16h. Je leur coupe des fruits dans des boîtes hermétiques, jolies pour rendre ça attirant. Je suis effrayée de voir que certains donnent en collation des barres chocolatées (Mars ou Milky Way) ou du Nutella avec biscuits à tremper dedans. Je ne leur donne pas de soda, mais de temps en temps un cola bio. Quand on sort, c'est différent, ils peuvent avoir du coca. Comme boisson, à l'école, je leur donne de l'eau, car les jus, c'est du sucre. Mais à la maison, j'ai toujours une brique de jus bio. Pour le goûter, je leur fais un milkshake, présenté dans un beau verre avec une paille : mixer un yaourt entier, une banane, une orange ou des fruits secs ou de la crème d'amande, des fruits de saison (fraises, framboises). ça nourrit leur immunité à 100%.

Tu achètes tes jus ?

Très peu. Je les fais avec mon extracteur : jus de légumes, de fruits, jus mixtes (pomme-carotte par ex.), surtout pour les enfants, car comme ça ils mangent beaucoup de légumes. Moi, je bois des jus pur légume. C'est aussi très indiqué aux personnes sensibles des intestins, qui peuvent ainsi éviter les fibres tout en consommant des légumes frais.

Et comme huile, qu'utilises-tu ?

Quand je suis seule, je me fais une salade avec des légumes cuits à la vapeur et un assaisonnement avec de bonnes huiles, qui sont de bonnes graisses. Ces huiles ne font pas grossir car elles sont crues. Les seules huiles qu'on peut chauffer sont l'huile d'olive, l'huile de palme et l'huile de coco. Je les fais chauffer un minimum pour leur conserver du goût. Je n'utilise pas, pour frire, l'huile de tournesol, car si on la chauffe, elle devient toxique et devient une graisse "trans". Toutes les huiles pour friture du commerce sont raffinées, pasteurisées, et deviennent  "trans" quand on les chauffe, donc non assimilables par l'organisme et sont donc stockées. Ce sont ces graisses-là qui font grossir. Les bonnes huiles, on en a besoin pour la peau, pour les neurones. Tous les régimes amincissants sur le marché font grossir, car tous les produits allégés font grossir. Si on enlève la graisse, on laisse le sucre et il donne faim. On est en état de manque et on finit par craquer. Alors que les bonnes graisses nourrissent et coupent l'appétit. Le lait maternel est hyper gras, par ex. Il faut donner de bonnes graisses aux enfants, c'est capital.

En somme, tu t'es approprié ton alimentation ?

Maintenant, je mange à peu près de tout. Tout ce que j'ai fait moi-même avec de bon produits de base. Mon bouillon, mon fromage blanc à partir de lait cru, mon yaourt, les tartes, les gâteaux, les biscuits, sont de préférence faits maison. Je n'achète jamais un plat cuisiné, ni de boîte de conserve, ni aucune marque dont on peut voir la publicité à la télé. Et surtout, j'ai appris à lire les étiquettes !

Par Hughes Belin
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Dimanche 17 juin 2007

Zeina nous accueille ce samedi après-midi, avec toute sa chaleur méditerranéenne, dans le modeste appartement que le CPAS a mis à sa disposition en urgence. Cette Libanaise de Belgique rapatriée l'été dernier, partage de temps en temps un peu de son savoir-faire culinaire avec quelques copines, comme d'autres boivent le thé ou promènent les enfants au parc. Car c'est avant tout à but convivial, la cuisine n'étant qu'un prétexte pour se retrouver et retisser un lien social si fragile. Et partager cet amour du Pays du cèdre, si proche d'une nouvelle guerre civile.

Départ forcé

Rappelons-nous, c'était il y a presque un an : l'armée israélienne bombardait le Liban. Ce pays pacifié au forceps recommençait à faire l'actualité, comme lorsqu'enfant finissant son assiette de bouillie, j'entendais malgré moi à la radio les terribles reportages de l'envoyé spécial à Beyrouth . Brusque retour en arrière aussi pour des milliers de Libanais revenus au pays, et qui ont dû le fuir à nouveau pour aller se réfugier là où ils pouvaient. Les Belges ont accueilli beaucoup de Libanais, les associations se sont mobilisées pour demander un cessez-le-feu. Le fragile équilibre s'est rompu et pour tous les Libanais, l'avenir est incertain.

Ici, la vie s'est organisée. Sans le mari de Zeina, cinéaste réputé, qui est resté au pays pour boucler son dernier film. Elle vit près de la Place Emile Bockstael avec son fils de 15 ans et s'est battue pour repartir de zéro. La situation est encore si tendue au Liban, et de toute façon, son fils doit terminer son année scolaire. Zeina a pu lier connaissance avec plusieurs femmes, notamment des Belges épouses de Libanais, au sein de l'association Solidarité avec les femmes arabes, qui cherche à promouvoir le statut de la femme et qui offre des activités pour se connaître entre elles, voire des soirées spéciales pour lever des fonds.

Cuisiner avec amour

Les trois autres femmes autour de la table sont passionnées de tout ce qui touche à la culture arabe. Renée, par exemple, parle la langue couramment. Anne-Françoise a épousé un ingénieur Druze et s'investit à fond dans ses activités associatives pour les femmes du Liban. Chacune a amené quelques ustensiles. Aujourd'hui, on refait du taboulé libanais, un grand classique, "pour le journaliste". Mais le reste du programme demande plus d'habileté : feuilles de vigne et courgettes farcies, et courgettes au yaourt. Personne n'a déjeuné à midi, et on mangera ce qu'on a fait quand ce sera prêt.

Quatre élèves maximum autour de la table, c'est peu, mais "sinon, on ne peut plus avoir de conversation", explique Renée. Certes, moi qui adore papoter, je suis bien tombé, ici. Alors qu'elle mélange à la main dans un saladier 800g de viande hachée (de l'agneau, évidemment !) avec autant de riz rond, 1 cuiller à soupe de sel, 1 cuiller à soupe de cannelle, une bonne cuiller à soupe de sept-épices libanais et 3 grosses cuiller à soupe de ghee (beurre clarifié) pour préparer la farce, Zeina nous explique sa philosophie de la cuisine : "on pense au gens pour qui on prépare à manger et on le fait avec amour".

Recevoir

Au Liban, la cuisine est d'une importance primordiale, pour les maîtresses de maison. Recevoir est un acte très important. Anne-Françoise se souvient de "l'accueil incroyable" que lui a réservé sa belle-famille et elle en a été "profondément touchée". Les tables sont dressées de manière à ce qu'on ne voie plus la nappe tellement il y a de petits plats. La cuisine libanaise est une cuisine de mezzé.

Le reste a peu d'importance : peu importe où on s'asseoit, la couleur de la nappe ou la vaisselle. Tout est dans la cuisine, et chaque Libanaise met un point d'honneur à réaliser des recettes dont on reparlera. Une sorte de saine concurrence entre femmes, qui connaissent toutes les caractéristiques de la cuisine de leurs amies ou parentes. J'apprends ainsi que la belle-soeur de Zeina fait un "taboulé excellent car coupé fin". Ceci ne les empêche pas de verser dans les "modes" culinaires, comme celle, récente, du fattouch (salade de crudités avec des copeaux de pain gras et croustillant), qu'on trouve à toutes les tables. Là encore, que le meilleur Fattouch gagne !

Coup de main

Nous entrons dans le vif du sujet lorsque nous évidons les koussa (courgettes) étêtées, avec une sorte de couteau recourbé tout du long, tel un couteau pour cueillir les asperges. Les courgettes doivent être très petites, "pour un parfait équilibre entre le goût du légume et celui de la farce", explique Zeina. La manoeuvre est délicate, car il faut ôter la chair de la courgette sans la percer, car le riz pourrait s'échapper en gonflant. Nous bourrons ensuite les cavités obtenues (de la largeur d'un petit doigt de fée) de farce, en laissant quelques centimètres vides avant l'ouverture, car la farce va gonfler.

La mayonnaise a pris, rien de tel qu'un exercice difficile pour former un esprit d'équipe (team building en français). Zeina nous confie qu'elle "prépare cet après-midi comme pour une soirée où (elle) reçoit des gens". Les élèves s'appliquent et le résultat n'est pas si mal, c'est un coup de main à prendre. Mais à côté des wara aïnab (feuilles de vigne farcies), ce n'était qu'un échauffement. Les feuilles de vigne sont sèches, juste blanchies. Chacun son tas, et c'est parti ! Un peu de farce au coeur, on replie le bas (là où est la queue de la feuille) dessus en serrant bien, puis les oreilles (les côtés). Puis on roule en faisant attention de bien ramasser tous les morceaux de feuilles qui traînent et faire un beau petit paquet bien serré d'où rien ne dépasse, et surtout pas de trou par où pourrait s'échapper la farce en gonflant. Ouf ! plus que trente feuilles !

Quand toutes les feuilles farcies sont prêtes - certaines serviront à boucher les courgettes farcies - on place les petits paquets sur les courgettes farcies au fond de la casserole, en faisant bien attention d'alterner le sens des paquets au fur et à mesure des étages. Trois jus de citron, du sel et une cuiller de sept-épices libanais plus tard, on recouvre d'eau, on rajoute une assiette retournée et un poids d'une paire de kg pour bien compresser le tout dans la casserole, et on fait bouillir pendant le temps de cuisson du riz. Et pendant ce temps, les transes très jazz du soufi Ahmed Al Touni (Haute-Egypte) nous transportent de l'autre côté de la Méditerranée.

On ne jette rien

Quelques courgettes farcies avaient été mises de côté et cuites dans l'eau. On les égoutte, puis on leur ajoute une préparation faite de 500 g de yaourt épais (turc ou grec), 25 cl de bouillon, 1 cuiller à café de maïzena, puis dans la casserole, on ajoute 3 gousses d'ail écrasées, 1 cuiller à soupe de menthe sèche. Dès que ça bout, c'est prêt. Et c'est succulent.

L'albel koussa (la chair des courgettes) sera simplement cuite à la poele, avec deux oignons émincés et dorés, avec un peu de sept-épices et du sel. "Il y a un principe dans la cuisine libanaise, c'est qu'on ne jette rien", explique Zeina, qui rajoute volontiers des oeufs à la préparation. Elle la remue avec une magnifique grosse cuiller en bois de mûrier qui vient de Syrie.

Pas de recette idéale

Tant qu'on y est, autant lui demander comment elle fait son café libanais, puisqu'on est ici pour apprendre. Le superbe livre Coffee Roots (qui n'existe encore qu'en italien et en anglais) passe évidemment par le Liban, où le café est une véritable institution, qu'il soit pris dans la rue, dans les cafés, à la maison ou au restaurant. Zeina utilise du café moulu très très fin (moulure "turque"), à 50% d'arabica et 50% de moka. Elle fait bouillir de l'eau dans son rakwé, et elle y jette environ une cuiller à café et demie de sucre, puis 3 cuiller de café pleines, et elle mélange. Ensuite, elle fait bouillir jusqu'à ce que la mousse disparaisse. "Certains tournent la cuillère dedans, d'autres non", achève-t-elle de m'embrouiller. Lorsque la mousse a disparu, le café est prêt à être servi. Je doute pouvoir le refaire à la maison, mais je garde espoir.

Ce petit doute qui me reste sur la recette du café me poursuit longtemps après avoir pris congé de Zeina. "C'est très difficile de connaître les femmes libanaises", m'avoue Anne-Françoise, sur le chemin du retour, "elles sont difficiles à approcher". Tout comme la recette du café libanais, car il n'y a pas une recette idéale, ce que mon esprit d'Européen cartésien a du mal à accepter.

"Les Libanais sont très duels", poursuit Anne-Françoise : "ils arrivent à la fois à ne pas se livrer mais à beaucoup rire, à rester dans l'insouciance, la légèreté, à faire la nique à la guerre". Quelque chose que la génération d'Européens qui n'a pas connu de guerre ne peut comprendre. Zeina ("belle" en arabe) incarne bien cette dualité, pour moi qui l'ai connue dans sa cuisine : la convivialité, la chaleur et la générosité, malgré une vie précaire et des lendemains incertains. L'essentiel, en somme.

Par Hughes Belin
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Jeudi 10 avril 2008
Carlo Petrini, Président et Fondateur de Slow Food

Carlo est journaliste. Il y a une vingtaine d'années, il a lancé le mouvement international Slow Food avec quelques amis, conscient qu'il fallait faire quelque chose pour retrouver le goût des aliments, pour que la nourriture retrouve la place de choix qu'elle a dans notre humanité : elle est à la base de la vie, mais aussi de la convivialité, de notre lien à la terre-mère. Aujourd'hui, Carlo parcourt le monde pour rencontrer tous ceux qui se sentent concernés par le plaisir de manger des aliments qui ont du goût, par la volonté de produire des aliments de qualité et par la vision d'un monde où on respecte l'acte de se nourrir. Nous l'avons rencontré lors de sa conférence exceptionnelle à Bruxelles le 9 avril.

Que manges-tu, Carlo ?

De tout, vraiment. J'aime en particulier les cuisines locales. J'aime connaître toutes les formes d'alimentation du monde. Je suis assez curieux de ce côté-là.

Et à la maison ? C'est toi qui cuisines ?

A la maison, je mange de la cuisine italienne, piémontaise. Mais je ne fais que la manger. Je suis un désastre en cuisine. Les pâtes, ça, je sais faire : quel Italien ne sait pas faire les pâtes ? Mais pour le reste, je détruis les instruments de cuisine ! C'est trop complexe pour moi. Ce n'est pas durable !

Comment as-tu reçu ton éducation sensorielle ?

Par mes grand-mères, une en particulier. Les grand-mères sont à la base de l'éducation sensorielle de tout un chacun. C'est ce qui nous permet de retrouver une saveur, un parfum au fond de notre mémoire. J'invite tout le monde à parfaire son éducation sensorielle, car c'est la base de la gastronomie. Tout le reste en découle. Aujourd'hui, c'est encore possible. Les enfants sont les plus sensibles à l'alimentation.

As-tu déjà eu un problème de santé dû à la nourriture ?

Oui, j'ai eu une intoxication alimentaire il y a sept ans. C'était à cause d'un virus. Quand on voyage beaucoup, on est confronté à des tas de virus qui sont dans l'air.

As-tu déjà mangé des choses incroyables ?

Tout ce qui est comestible est intéressant. L'autre semaine, j'étais en Ethiopie, chez des paysans. Je m'y suis senti autant à l'aise que dans un restaurant trois étoiles au Michelin. Toutes les expériences sont importantes.

Tu fais du lobbying pour une meilleure alimentation, mais pas comme les autres...

C'est un lobby soft, qui a la conscience de ne pas être dur, mais tranquille, doux. Nous parlons de la vie quotidienne. Il ne faut donc pas être trop dur.

Et ça marche ?

Oui, car nous attirons plus de sympathie pour la cause que par d'autres manières. Slow Food fonctionne avec l'amitié, la convivialité et la fraternité.

Quelles sont les solutions que propose Slow Food à la situation actuelle ?

Comme je l'ai dit : tout d'abord l'éducation sensorielle du goût. Ensuite, l'éducation et le développement de la connaissance sur la gastronomie et tous ses aspects, notamment via notre Université des Sciences gastronomiques à Pollenzo. L'échange de semences, via notamment notre forum des producteurs mondiaux Terra Madre. La réduction de la longueur de la chaîne alimentaire, c'est-à-dire l'encouragement aux filières courtes qui évitent trop d'intermédiaires. Un prix plus juste pour la nourriture, qui rémunère raisonnablement les producteurs et incite les consommateurs à moins gaspiller : on ne respecte pas ce qui n'a pas de valeur et inversément. La relocalisation de l'agriculture, afin de promouvoir la souveraineté alimentaire. En d'autres termes, je préfère avant tout manger local, même avant de manger bio. Enfin, ce qui en découle : acheter local pour encourager l'agriculture de proximité.


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