Carlo Petrini, Président et Fondateur de Slow Food
Carlo est journaliste. Il y a une vingtaine d'années, il a lancé le mouvement international Slow Food avec quelques amis, conscient qu'il fallait faire quelque chose pour retrouver le
goût des aliments, pour que la nourriture retrouve la place de choix qu'elle a dans notre humanité : elle est à la base de la vie, mais aussi de la convivialité, de notre lien à la terre-mère.
Aujourd'hui, Carlo parcourt le monde pour rencontrer tous ceux qui se sentent concernés par le plaisir de manger des aliments qui ont du goût, par la volonté de produire des aliments de qualité et
par la vision d'un monde où on respecte l'acte de se nourrir. Nous l'avons rencontré lors de sa conférence exceptionnelle à Bruxelles le 9 avril.
Que manges-tu, Carlo ?
De tout, vraiment. J'aime en particulier les cuisines locales. J'aime connaître toutes les formes d'alimentation du monde. Je suis assez curieux de ce côté-là.
Et à la maison ? C'est toi qui cuisines ?
A la maison, je mange de la cuisine italienne, piémontaise. Mais je ne fais que la manger. Je suis un désastre en cuisine. Les pâtes, ça, je sais faire : quel Italien ne sait pas faire les pâtes ?
Mais pour le reste, je détruis les instruments de cuisine ! C'est trop complexe pour moi. Ce n'est pas durable !
Comment as-tu reçu ton éducation sensorielle ?
Par mes grand-mères, une en particulier. Les grand-mères sont à la base de l'éducation sensorielle de tout un chacun. C'est ce qui nous permet de retrouver une saveur, un parfum au fond de notre
mémoire. J'invite tout le monde à parfaire son éducation sensorielle, car c'est la base de la gastronomie. Tout le reste en découle. Aujourd'hui, c'est encore possible. Les enfants sont les plus
sensibles à l'alimentation.
As-tu déjà eu un problème de santé dû à la nourriture ?
Oui, j'ai eu une intoxication alimentaire il y a sept ans. C'était à cause d'un virus. Quand on voyage beaucoup, on est confronté à des tas de virus qui sont dans l'air.
As-tu déjà mangé des choses incroyables ?
Tout ce qui est comestible est intéressant. L'autre semaine, j'étais en Ethiopie, chez des paysans. Je m'y suis senti autant à l'aise que dans un restaurant trois étoiles au Michelin. Toutes les
expériences sont importantes.
Tu fais du lobbying pour une meilleure alimentation, mais pas comme les autres...
C'est un lobby
soft, qui a la conscience de ne pas être dur, mais tranquille, doux. Nous parlons de la vie quotidienne. Il ne faut donc pas être trop dur.
Et ça marche ?
Oui, car nous attirons plus de sympathie pour la cause que par d'autres manières.
Slow Food fonctionne avec l'amitié, la convivialité et la fraternité.
Quelles sont les solutions que propose Slow Food à la situation actuelle ?
Comme je l'ai dit : tout d'abord l'éducation sensorielle du goût. Ensuite, l'éducation et le développement de la connaissance sur la gastronomie et tous ses aspects, notamment via notre
Université des Sciences gastronomiques à Pollenzo. L'échange de semences, via notamment notre forum des producteurs mondiaux
Terra Madre. La réduction de la longueur de la chaîne
alimentaire, c'est-à-dire l'encouragement aux filières courtes qui évitent trop d'intermédiaires. Un prix plus juste pour la nourriture, qui rémunère raisonnablement les producteurs et incite les
consommateurs à moins gaspiller : on ne respecte pas ce qui n'a pas de valeur et inversément. La relocalisation de l'agriculture, afin de promouvoir la souveraineté alimentaire. En d'autres termes,
je préfère avant tout manger local, même avant de manger bio. Enfin, ce qui en découle : acheter local pour encourager l'agriculture de proximité.